Arles et la résistance

Spécificités de l’engagement arlésien dans la Résistance

- Une Résistance ouvrière et syndicale :
En 1940, la population arlésienne compte de nombreux ouvriers (ateliers S.N.C.F., chantiers de Barriol, papeteries du Rhône, usine Solvay et Salins du Midi à Salin de Giraud etc.), et d’ouvriers agricoles travaillant dans les mas en Camargue et en Crau. Beaucoup de ces ouvriers sont issus de l’immigration espagnole, italienne et grecque. Beaucoup d’entre eux fréquentent également les milieux communistes et syndicalistes clandestins. Ils vont jouer un grand rôle dans la Résistance locale. Leur action prend d’abord la forme de distribution de tracts, de papillons et de journaux (Rouge Midi, La Marseillaise) contre le Régime de Vichy et l’Occupation. Cette Résistance va s’étoffer à compter de la fin 1942 avec la création du Front National de la Résistance et bientôt celle des Milices Patriotiques.

- Jean Moulin :
C’est dans les marais de Fontvieille que Jean Moulin, grande figure nationale de la Résistance, s’est fait parachuté la nuit du 1er Janvier 1942. De là, c’est-à-dire de son atterrissage mouvementé (manque d’expérience, de nuit…), il rejoint ensuite Eygalières puis Saint Andiol. Ainsi débute son histoire d’unificateur de la Résistance sous l’égide du Général De Gaulle.

- La vie quotidienne et le contrôle de la société :
Les restrictions alimentaires et les atteintes aux libertés (nombreuses arrestations) conduisent les Français en général et les Arlésiens en particulier à rejoindre soit mentalement, soit ouvertement, les rangs de la Résistance, surtout à compter du 11 novembre 1942, date à laquelle les Allemands envahissent la Zone Sud.

- Le camp d’internement des gitans à Saliers :
Créé par le gouvernement de Vichy en 1942, le camp de Saliers est le seul camp d’internement de la zone libre réservé aux nomades. Ce camp est l’aboutissement des lois raciales instaurées par Hitler et appliquées par Pétain. Il a été voulu par les autorités comme un instrument de propagande pour répondre aux nombreuses critiques qui s’élèvent à l’étranger contre la politique d’internement de Vichy. C’est pourquoi les baraques ont été construites sur le modèle de cabanes de Gardians. Surpeuplé et complètement insalubre, les conditions de vie y étaient très difficiles, notamment pour les enfants qui représentaient 30 à 40 % des effectifs du camp. Au total, près de 700 nomades ont été internés à Saliers.

- Les réseaux de renseignements :
A partir de 1942, la Résistance se renforce, se démultiplie, et se structure. Des réseaux vont se mettre en place dans le Pays d’Arles. Le réseau Carte travaillant avec le S.O.E. (service de contre-espionnage britannique) compte une trentaine d’Arlésiens et se montre très actif. Le réseau Carte organise dans la nuit du 28 février 1943 une opération pick-up dans la Crau. Six résistants s’envolent pour Londres. L’avion amène également deux agents secrets pris en charge par le réseau qui rejoignent leur base le lendemain. Après le départ d’André Girard (alias Carte) pour Londres, c’est Jean-Paul Méjean qui prend la tête du réseau au niveau local : le réseau Carte devient le réseau Mesnard. Mais l’opération pick up n’est pas passée inaperçue. Le réseau est rapidement démantelé lors d’une opération de police de très grande envergure regroupant la Gestapo et la Police française. En effet, le 21 avril, il y a 40 arrestations. Pour empêcher tout nouvel atterrissage les Allemands feront installer par des Arlésiens requis au S.T.O., des monticules de cailloux dans Crau et muniront le terrain d’aviation des Chanoines de canons de défense contre les avions. Le réseau Nana est dirigé à Arles par Julien Chavoutier. Julien Chavoutier a une entreprise de travaux publics qu’il fait affecter aux travaux du Mur de la Méditerranée, ce qui lui permet de repérer les fortifications allemandes. Le réseau Nana a pour mission de ralentir et saboter les travaux, et de transmettre les plans de défenses allemandes aux services secrets alliés. Les membres du réseau Nana rejoindront les combattants de la Libération en 1944.

- La répression :
La répression va s’abattre de plein fouet sur la Résistance arlésienne : elle fera 92 déportés et 78 internés. Beaucoup ne reviendront pas. Le 6 juin 1944, huit cheminots sont arrêtés pour distribution de presse clandestine. Le 13 août 1941, cinq jeunes hommes sont arrêtés pour avoir fait des inscriptions anti-pétainistes sur les murs de la ville.

- Les combats de la Libération :
Les combats des 22, 23, et 24 août 1944 vont permettre à la Résistance arlésienne de libérer leur ville avant l’arrivée des troupes alliées débarquées en Provence. Ils feront 10 morts, et de nombreux blessés. Ces combats vont se dérouler dans une ville dont le tiers à disparu sous les bombardements préparatoires au Débarquement de Provence. Ce même débarquement avait été préparé politiquement (dès février 1944) par la création du Comité Local de Libération clandestin ; et militairement par les sabotages à répétition pont de Trinquetaille, des voies ferrées, et des lignes à haute tension.

- Les chemins de la Liberté :
Dès la fin du mois d’août et le début de septembre la ville retrouve les "chemins de la Liberté" avec la restauration de la République (municipalité provisoire, nouveau Sous-préfet), et la mise en place d’une Chambre civique et d’un Tribunal pour éviter l’épuration sauvage. Suite à la Libération de leur ville de nombreux F.F.I. arlésiens vont s’engager dans l’armée régulière pour combattre les nazis (Régiment Rhône et Durance qui sera intégré dans le Régiment des Zouaves).

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